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Aider l’enfant à grandir: Les chemins de l’autonomie

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Autonomie et limites: aider l'enfant à grandir

Notre expert

Olivier Chatelain, aide éducative et guidance parentale

Notre partenaire Olivier Chatelain, répond gratuitement aux questions que vous vous posez concernant l'éducation de vos enfants.
Comment éviter les crises au magasin? Les conflits à répétition avec les frères et sœurs? Comment gérer la période du non? La violence ...

Résumé d'une conférence animée par le Dr. N. Frenck,
pédiatre FMH, thérapeute de famille.

Aider l'enfant à grandir: les chemins de l'autonomie

Le premier pas de l’autonomie se fait dans l’utérus de la maman: le bébé qui suce son pouce fait un acte d’autonomie. Nous sommes tous en chemin vers l’autonomie. Et nous sommes tous plus ou moins autonome, en fonction de ce que nous faisons.

          
Autonomie et attachement
:

Plus l'attachement sera fort, plus l'autonomie pourra avoir lieu. Cette base du lien affectif entre l'enfant et le parent, n'est pas instantané: sa construction commence avant l’arrivée de l’enfant, lors des échographies. Un processus qui lie l’enfant imaginaire à l’enfant réel se crée. A l'arrivée de l'enfant: une adaptation réciproque va se faire (sourires de la maman, gazouillis du bébé, etc...). Sur cet attachement, l'enfant pourra créer une sorte de plate-forme sur laquelle il va bâtir d'autres choses.

   
Adaptation des parents:

C’est la construction du lien social.
Il se fait par une sollicitation des parents vers l’enfant. C’est la construction d’une relation affective entre parents et enfants. Le dialogue est constitué par des paroles et des silences. Dans ce silence l’enfant peut s’exprimer. Et quand les parents sont gratifiés par un sourire, ils gratifient leur enfant qui les gratifie à son tour et ainsi de suite.

Le 2ème pas du développement de l'autonomie est la séparation:

L'enfant peut commencer à accéder à l'autonomie en se séparant des parents: en  mettant de l'espace entre lui et ses parents.
L’enfant commence par aller au lit,  dormir chez un copain, ... Aller dormir ailleurs développe un certain nombre de compétences. La séparation permettra à l'enfant de créer cette capacité de nouer des relations avec d'autres adultes.
Certains parents ont une attitude trop protectrice vis à vis de leur enfant : grossesse très attendue,  l'enfant très faible, ... La phrase "dresse les voiles...mais reste au port" est assez significative des excuses données par les parents pour garder leur enfant: Il est trop petit pour, il est trop jeune pour, ...
Cette attitude empêche le développement de l'autonomie car l'enfant reçoit alors des messages la décourageant. Elle entraîne des conséquences négatives: il a des problèmes pour se séparer de sa mère, celle-ci se préoccupe trop du corps de l'enfant, d'où trop de consultations. Elle développe chez l'enfant  une piètre estime de lui-même: il ne développe pas assez ses compétences. Or la compétence est la parallèle de l'autonomie. L'enfant devient très dépendant et provocateur (la provocation crée une distance dont l'enfant a besoin) et  casse-pied car il est trop attaché à sa mère.
    

La séparation passe par le processus d'inviduation:

Le "Je Individu" qui permet de dire je suis x ou y et qui est très important.

L' enfant passe de l' hétéronomie: "on me donne d'abord des règles pour fonctionner" à l'autonomie: "Je me donne des règles pour fonctionner". C'est la différence entre l'enfant qui apprend à se conduire et l'enfant qui se conduit seul. Quand on conduit l'enfant, il applique les règles de ses parents. Quand il devient autonome, il va chercher dans sa mémoire ses propres règles et les applique.
   

Le Je => Moi individu édicte mes propres règles => Autonomie
S'il ne s'habitue pas à chercher ses propres règles, son autonomie est compromise

Le 3ème pas de l'autonomie est la maîtrise:

Quand l'enfant commence à faire des choses, il veut les faire encore mieux et il s'entraîne pour cela: grimper et regrimper sur le sofa... Il fait des efforts pour atteindre cette maîtrise et accéder ainsi à l'autonomie.

Je => Moi individu => Autonomie => Maîtrise => Indépendance et liberté

L'enfant a une soif d'indépendance et de compétence. Il arrive à l'indépendance grâce à la compétence et à la maîtrise et cette indépendance correspond à la liberté. "La liberté consiste à se déterminer soi-même": Je ne veux pas que vous me forgiez, je veux me faire moi-même: c'est la vraie liberté.

Mais cette autonomie ne vient pas seule. Elle est tributaire de 2 forces qui sont tout le temps présentes:
le désir et la peur de l'autonomie: les enfants testent en demandant l'autonomie. 
Mais ils ont en eux 2 types de forces qui s'opposent:  
   

<= Les forces "familifuges" qui poussent à grandir, à partir, ...
=>  Les forces "familipètes" qui poussent à rester petit, dans ma chambre, ...
<=  Ces forces sont opposées: on part/on reste =>
   
  

Acquérir l'autonomie:

Persévérance pour acquérir la maîtrise qui conduira à l'autonomie. Il y a 2 types de persévérance: une encouragée par les parents (construction d'un puzzle ...) et l'autre découragée (ouvrir la porte du four...) L'enfant peinera à comprendre l'attitude de ses parents contraire à son désir de maîtrise. Même chose pour l'enfant plus grand. Or nous devons tenter de le comprendre si nous voulons qu'il nous comprenne. Ce processus de compréhension réciproque est la pierre angulaire dans la construction d'un dialogue franc, efficace, nécessaire et indispensable pour l'autonomie.

   
Le conflit
:

Il provient de la frustration de ne pas pouvoir faire mieux. Au moment de l'adolescence le conflit n'est pas obligatoire, mais il peut être souhaitable car il permet la séparation,  indispensable à l'autonomie, en permettant de créer une distance avec l'autre.       

   
Sur quels terrains se passent-ils?

Chez le petit: la confrontation se fait sur celui de la nourriture, du sommeil, de la propreté, de l'exploration. 

Chez l'adolescent, elle se fait également sur ces terrains là ! La nourriture (boutons/acnés), sommeil (couchers tardifs), propreté (pas assez régulier sous la douche), exploration/permissions. L'enfant a des désirs et des droits et le parent aussi. D'où des conflits d'intérêts où il faudra négocier. Notre devoir d'adulte responsable est de créer une hiérarchie claire et explicite pour avoir le droit de mettre des limites/points de repère.
   

Je préfère utiliser le mot Point de repère:
Quand il pose des limites, l'adulte dresse un mur infranchissable. L'action vient de l'adulte vers le jeune. Quand il donne des points de repère, l'adulte envoie à l'enfant des signaux pour qu'il se conduise d'une certaine façon en regardant ses règles internes et les points de repère venus de l'extérieur. C'est toute la différence qu'il y a entre l'enfant dressé et l'enfant éduqué. La mise en place de points de repère peut entraîner une lutte de pouvoir. Pour l'éviter on doit créer une hiérarchie claire: Les parents sont des adultes responsables et les enfants sont sous leur protection, sous leur encadrement.

Les points de repère doivent être clairs:
Il y a ce qui est permis, ce qui est défendu, ce qui est obligatoire, ce qui est dangereux. Si ces points essentiels ne sont pas clairs, il y a contestation et guerre. Mais trop de points de repère est également néfaste.

Comment décoder ces points de repère pour l'enfant?

  • Ils doivent être compréhensibles: employons des  mots qu'il comprend,
  • ils doivent être consistants et explicites, c'est à dire logiques et accessibles à l'enfant, disons-les clairement d'une voie convaincante car on est convaincu du point de repère qu'on donne, sélectifs: pas plus de 2 ou 3, les autres se tisseront autour. Ne pas les gaver de points de repères. Sélectionner les plus importants pour aller plus loin.

Lorsqu'on édicte une règle, utilisons une démarche positive en lui soulignant le comportement qu'on désire, plutôt qu'en  signalant le comportement indésirable. Et faisons évoluer les points de repère avec l'évolution de la famille.

Pour qu’il y ait responsabilisation, il doit y avoir délégation de pouvoir et non seulement de devoir. Dans l’autonomie, il doit y avoir co-évolution. L’enfant ne peut devenir autonome si les parents ne deviennent pas autonomes. Et c’est un processus qui se passe entre le parent et l’enfant. Les enfants ont des devoir, mais ils ont aussi le pouvoir de faire quelque chose.  Et le pouvoir d’échouer en faisant. Parfois il n’arrivera pas à faire mieux
C'est par la négociation dans le respect réciproque que la relation d'affrontement peut se transformer en relation de coopération. Ce n'est pas parce que c'est un enfant qu'on ne doit pas verbaliser le respect qu'on a pour lui. Il doit respecter ses parents et les parents doivent le respecter. Attention au faux respect (peur du père par exemple). Cette négociation dans le respect doit amener à faire confiance au jeune.


Les enfants ont besoin d'avoir un crédit de confiance mimimum. Et le respect est un crédit de confiance.
Je te fais confiance mais j'ai des garanties en retour: obéissance sur l' heure de rentrée le soir par exemple.

  • Notion de négociation: les 2 personnes sortent gagnantes. Dans le marchandage, ce n'est pas le cas.
  • L’anomie: c’est l’absence de règles.
    Cet état est très grave: c’est aussi l’état dans lequel sont beaucoup de familles par manque de temps.
    L’anomie entraîne:
    •  L’angoisse: plus il y a de règles, plus on est orienté, moins on est angoissé.
    • La panique: il y a négociation autour de l’heure de rentrée, puis le parent lâche. Fais ce que tu veux… l’enfant va être pris de panique:
      que dois-je faire? obéir ou non? Il en parle au copain qui lui dit de ne pas obéir puisque son père a dit que…
    • Agressivité et violence: beaucoup de situations de violence sont dues à l’anomie.


Les règles doivent exister et être claires

En conclusion, la négociation, le respect réciproque, le crédit de confiance avec garantie en retour sont les éléments qui permettent aux enfants et aux parents d'acquérir leur autonomie, construire  leur indépendance car l'indépendance se construit dans une liberté heureuse.

Questions autour de l'apprentissage de l'autonomie de l'enfant

    

1) Qu'entendez-vous par respecter un enfant?
Le ton pour lui parler, tenir compte de ses besoins (un enfant de 17 ans  peut se coucher + tard le samedi soir)...

    

2) Comment dialoguer avec un enfant majeur qui porte sa majorité comme un étendard?
C'est le paradoxe entre l'indépendance et la majorité à 18 ans. Il doit lui-même se convaincre qu'il a 18 ans et tout ce que ça implique mais il a du mal à le croire car il est encore chez ses parents.

        

3) Est-ce que les rapport enfants/enfants d'âges différents vivant dans la même chambre peuvent interférer dans cette acquisition de l'autonomie?
Il y a des interférences certaines au sein de la fratrie qui accélèrent l'autonomie, mais le fait qu'ils soient dans la même chambre ne changera pas la hiérarchie entre eux, ni leur propres règles de fonctionnement. En règle générale, il n'y a pas d'exploitation d'un frère par un autre: il y a des arrangements, des ajustements, des négociations... Dès qu'on dit aux enfants: je vous fais confiance pour faire telle ou telle chose, la règle de compétence entre eux fonctionne. 

      

4) Que faire quand un adolescent ne respecte pas ses parents?
Il faut bien expliciter le respect et dire qu'on est vraiment pas du tout d'accord s'il y a manque de respect. Il faut être très au clair avec l'histoire de la lutte de pouvoir. Et il faut toujours conserver la notion de hiérarchie parent/enfant pour ne pas se trouver sur le terrain de l'enfant. On peut expliquer à l'enfant: je te lave, je repasse ton linge, je te nourri: c'est une belle marque de respect. S' il y a déficit de respect, je peux ne plus te laver ton linge ou te le repasser.

       

5) Vous avez dit que s'il y a un trop grand attachement, il n'y a pas d'autonomie: n'est-ce pas en contradiction avec les choses dites précédemment? 
Non car plus le lien affectif est clair et palpable, plus l'enfant peut se permettre de tester l'autonomie. Plus l'attachement est clair, plus l'enfant sera autonome. Mais s'il y a trop d'attachement, il n'y a plus assez d'espace entre le parent et l'enfant et il n'y a pas d'évolution possible.

     

6) Quand commence l'adolescence?
Au moment de la puberté, il y a le début de la mise en place de quelque chose qui apporte souffrance et incertitude car il y a beaucoup de questionnement et de recherche de son identité par rapport à celle de la famille et par rapport à celle du groupe: l'adolescent doit faire partie du groupe mais en même temps s'individuer. L'autonomie implique le deuil de beaucoup de choses d'enfants et les parents doivent les soutenir car c'est un passage difficile.

  

7) Comment faire quand l'enfant que nous avons adopté à 4 ans a manqué de cette période d'attachement nécessaire au développement de l'autonomie?  Il faut le verbaliser: tu as manqué d'amour pendant x années, mais depuis que nous t'aimons, tu as eu le temps de te construire. L'attachement commence pour lui au moment où on l'a accueilli. Mais quand l'adoption est tardive il faut alors fabriquer un roman familial pour combler ce vide.

  

8) Que faire quand il y a mensonge et insolence de l'adolescent?  Le prendre à contrecourant. Si on lui dit: tu m'as menti et je suis blessé, alors là on est cuit. En revanche, si on lui dit, en sachant très bien que lui sait qu'on sait: je suis heureuse que tu ne m'aies pas menti alors il se sentira déstabilisé.

  

9) Pouvez-vous préciser ce que vous entendez comme différence entre points de repère et limites?
Les points de repère sont sélectifs et variables selon les familles: éléments nécessaires pour que la confiance puisse grandir. Ils sont à court terme car ils évoluent avec l'enfant. Il se sert de ces points de repère comme aide pour décider lui-même de la façon dont il va se conduire. La limite est un mur infranchissable et il ne peut pas aller plus loin. La limite est valable pour les choses dangereuses (ne pas se pencher par la fenêtre...) et dans ce cas l'enfant doit obéir mais pour le reste il vaut mieux utiliser des points de repère.

 

10) Comment faire si l'ado veut tout le temps dépasser la ligne blanche?
Le laisser aller, les parents sont là comme consultants. Mais il faut calculer son risque. Et puis il faut beaucoup relativiser les choses.

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