Burn-out parental, on en parle ?

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Burn-out parental, on en parle ?

Encore tabou, le burn-out plonge des parents désemparés dans une profonde détresse. Reprendre le dessus passe par une prise de conscience et la nécessité de redéfinir ses ambitions familiales et éducatives.

Un syndrome d'épuisement et de fatigue prolongée

En Suisse environ 5% des parents sont touchés par ce syndrome d’épuisement. Contrairement à un coup de fatigue passager, à un agacement bien naturel lorsqu’on s’occupe des enfants et qu’on court après le temps, le burn-out s’installe dans la durée.

« C’est un stress chronique qui dure des mois et qui n’est pas compensé par des ressources suffisantes, précise Sandra Bon, psychothérapeute à Neuchâtel. Les batteries ne se rechargent plus assez et on est vite à bout. »

Pour en arriver à ce stade de saturation, il aura fallu une exposition prolongée à des facteurs de risque qu’on appelle stresseurs.
Manque de sommeil, de soutien, de moyens financiers, enfants en bas âge… la liste est longue. Elever seul(e) son fils, sa fille en fait aussi partie et peut avoir des répercussions sur la santé.

« Un seul facteur de risque à lui seul ne suffit pas à faire tomber le parent en burn-out, nuance Moïra Mikolajczak, docteure en psychologie et professeure à l’Université de Louvain en Belgique. Même si c’est très difficile au quotidien, une famille monoparentale n’est pas synonyme de vulnérabilité. »

Tout dépend du nombre et de l’âge des enfants, s’ils font leurs nuits pour les plus petits, si les plus grands participent à la bonne marche de la maisonnée. La proximité d’une aide familiale, d’un réseau d’amis éloigne le spectre de l’isolement.
Enfin, le degré de perfectionnisme, le niveau d’exigence familiale qu’on veut atteindre – qu’on soit seul ou en couple – pèse lourd dans la balance. A terme, le burn-out entraîne la déception, la désillusion, la distanciation affective voire de la violence verbale ou physique envers ses enfants.

Sur la mauvaise pente

Ce qui aggrave les choses, c’est la culpabilité de se sentir incapable, le sentiment d’échouer dans sa mission de parent.

« Dans notre société moderne, on a le culte de la performance dans tous les domaines et la parentalité n’y échappe pas, constate Mme Mikolajczak. Les parents se mettent des standards très élevés et à vouloir tout assumer, tout contrôler, ils finissent par craquer. »

Menée à travers le monde et coordonnée par Mme Mikolajczak et Isabelle Roskam, également chercheuse à l’université de Louvain, une vaste étude a mis à jour en 2021, l’impact de l'épuisement parental dans 42 pays. Il en ressort que ce sont les pays occidentaux, riches et individualistes et avec en moyenne peu d'enfants par foyer, qui sont paradoxalement les plus touchés.

« En Afrique où le nombre moyen d’enfants est de 5 contre environ 2 dans notre société, les parents africains ont six fois moins de chances de tomber en burn-out, commente Mme Mikolajczak. Dans les pays d'Afrique, tout le village se sent concerné par l'éducation des enfants, alors que chez nous chacun exerce la parentalité de son côté. »

Sans se comparer aux autres, on peut se rappeler qu’il y a quelques décennies – quand le natel n’existait pas et quand jouer dehors n’était pas source d’angoisse –, les enfants « disparaissaient » du radar des parents. Ceux-ci acceptaient pour quelques heures de ne pas savoir où étaient passés leurs enfants et de perdre le contrôle sur eux. Aujourd’hui placés sous surveillance, il paraît inenvisageable de les laisser s’évaporer de la sorte dans la nature. Pour les familles monoparentales qui n’ont pas d’autre choix que de lâcher prise sur certains points, c’est une opportunité de ne pas tomber dans ces travers. Tout contrôler ne fait que développer l’anxiété chez les parents et se transmet par contrecoup aux enfants.

 

Vers un nouvel équilibre

Pour que la situation s’améliore, il faut commencer par une mise à plat et sortir du déni.

« Le déclic peut se produire quand on tombe malade, qu’on se tord la cheville, que le corps lâche, observe Mme Bon. On peut s’entendre hurler et se dire qu’on ne se reconnaît plus et souhaiter que ça change. »

Justement, aux ateliers qu’anime Mme Bon, tout le monde est là pour raconter son expérience et son insatisfaction.
« En petit groupe, il y a une liberté de parole et on se confie plus facilement qu’à des amis à qui on préfère cacher son mal-être, relève Mme Bon. Par peur d’être jugé, on est soucieux de son image et de répondre aux attentes de la société. »

Avoir des pensées négatives à l’égard de ses enfants écorne à coup sûr le mythe de la mère parfaite et aimante. Si les femmes sont plus frappées par le burn-out, ce n’est pas qu’elles sont plus fragiles, mais qu’elles prennent en charge en général, la plus grosse partie de l’éducation. Et quand les réseaux sociaux s’en mêlent, l’impression d’être une mauvaise mère s’accentue un peu plus.

« La vie des autres semble tellement facile alors que chez vous les enfants se disputent la télécommande, que le petit dernier se roule en boule au supermarché, remarque Mme Mikolajczak. Même si vous savez que ce que les gens veulent bien montrer n’est pas la réalité, vous manquez de recul et risquez de vous enfoncer davantage dans le burn-out. »

A l’atelier de prévention du burn-out parental à Neuchâtel, en six séances, on échange, on analyse et on explore des pistes.

« Il n’y pas de recette, chacune construit son projet, indique Mme Bon. Tous et toutes n’ont pas les mêmes ressources, le temps d’aller faire un jogging ou du shopping entre copines ou encore les moyens de partir en week-end. Ce qui compte pour aller mieux c’est de diminuer la pression, de se rendre la vie plus agréable en toutes circonstances y compris avec les enfants. »

Comme par exemple, faire avec eux des activités qui nous plaisent, aller en forêt cueillir des fleurs ou au musée voir une expo, boire un café sur le balcon alors qu’on les laisse jouer seuls un moment…
Prendre soin de soi est la meilleure façon de prendre soin des autres et de repartir sur de nouvelles bases.

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