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Colère, joie, comment gérer les émotions de son enfant?

L’enfance, un monde d’émotions
De la colère à la tristesse, comment réagir face aux émotions de son enfant ? Aux parents d’apprendre à être patients, à ajuster leurs réactions et à ne pas se laisser déborder.
Chassez-les, elles reviennent au galop. Longtemps suspectées d’interférer dans l’apprentissage à l’école ou dans les relations familiales, les émotions sont davantage considérées aujourd’hui. Elles participent au bien-être et à l’épanouissement, à condition qu’elles soient apprivoisées petit à petit, à la fois par l’enfant et aussi par le parent.


Quand la moutarde monte au nez
Imaginez un enfant qui se roule par terre dans le magasin parce que vous ne voulez pas lui acheter le jouet qu’il vient de voir ? Imaginez le même pendant les vacances qui se met à pleurer quand vous lui refusez une glace ?
Comment ? Ah oui… cet enfant, c’est le vôtre…? !!!
Quel parent n’a pas eu un jour à faire face à une crise au square, à la maison, avec ou sans témoin ? Dans ces moments-là, un sentiment d’impuissance, de honte parfois nous envahit. Nous voulons le meilleur pour nos enfants et voilà comment ces ingrats nous remercient. Au modèle d’éducation traditionnel où l’enfant n’exprimait pas ses sentiments, les parents modernes ont préféré libérer des émotions jusque-là inhibées. En même temps, ils se retrouvent désorientés et dépourvus face aux réactions excessives de leur enfant. «Ils croient qu’ils font mal les choses, note Kirsten Kirschner, consultante en éducation, animatrice des ateliers Parents Plus, sur le canton de Neuchâtel. Ils n’ont pas appris à gérer les émotions parce qu’ils n’ont pas connu ça quand ils étaient eux-mêmes enfants.»
Du tout-petit qui boude à l’ado au bord de l'explosion, il faut savoir accepter leurs émotions, prendre le recul nécessaire pour que les tensions retombent.

La parole aux émotions
Joie, tristesse, peur, honte, surprise, colère, en toute occasion, nous ressentons ces émotions qui nous accompagnent et traduisent ce que nous sommes profondément. Elles peuvent trahir nos faiblesses que nous tentons de cacher. C’est ainsi que l’on apprend dès le plus jeune âge qu’un garçon, ça ne pleure pas, que ça ne doit pas montrer ses sentiments.
Les émotions des enfants ne sont pas toujours prises au sérieux par l’adulte, elles peuvent agacer et même laisser penser que l’enfant cherche à nous contrarier. «L’enfant n’agit pas pour embêter le parent, précise Mme Kirschner. Il n’a pas de but malveillant, il ne manipule personne, il essaie juste de satisfaire ses besoins.»
Simplement, le cerveau du jeune enfant est immature et avant 5 à 6 ans, il ne peut contrôler seul ses émotions. Être à son écoute, savoir accueillir ce qu’il ressent, demande un effort de la part des parents qui à leur époque n’ont pas eu droit à ce genre d’attentions. «Il y a 50 ans, tout le monde était d’accord qu’un enfant, ça devait obéir, être sage, rappelle Mme Kirschner. S’il le fallait, on le punissait, on lui donnait une «bonne baffe» et ça le calmait, pensait-on. En fait d’être tranquille, il était surtout en état de stress maximal, voire en état de choc, incapable de répondre ou d’apprendre quoi que ce soit.»

A la maison ou à l’école, les émotions font grandir. Bien loin d’être inutiles ou perturbatrices, les recherches scientifiques ont montré depuis les années 90 que les émotions selon leur nature peuvent faciliter, stimuler l’apprentissage scolaire.


Intelligence émotionnelle
Les réseaux sociaux, les messageries sont là pour attester que les émotions sont au cœur de la vie des enfants et des adolescents. A grand renfort d’émoticônes, ils échangent leur état d’esprit, leurs humeurs et il n’y a pas de raison pour qu’à l’école, il en soit autrement.

"La vie socio-émotionnelle de l’enfant âgé de quatre à seize ans se passe majoritairement en contexte scolaire et est en lien direct avec sa capacité d’apprendre, estime le professeur David Sander, directeur du Centre interfacultaire des sciences affectives (CISA) de l’Université de Genève. » Des recherches menées sur les émotions, sur leurs bases cérébrales et leurs fonctions, remettent en cause l’idée selon laquelle les émotions entravent les apprentissages scolaires. On s’interroge sur le vieux modèle d’une école qui remonte au 19e siècle, où il fallait écouter, se tenir à carreau et où on ne voulait voir aucune tête dépasser.

Aujourd’hui, d’autres enseignements du type Montessori par exemple, tiennent compte de ce potentiel émotionnel des élèves. «Les émotions dites d’accomplissement sont liées aux buts de réussite des élèves, observe M.Sander. La surprise, l’intérêt, l’admiration suscitent l’exploration de la nouveauté, de l’apprentissage et plus généralement, l’acquisition de connaissances.»
Les compétences de l’élève sont boostées par ses émotions positives, influencées par un contexte inspirant, par un professeur passionné qui transmet l’envie et la motivation d’apprendre.
Les élèves du 21e siècle seront créatifs, flexibles, et pour cela, il leur faudra développer des compétences émotionnelles qui les relient à eux-mêmes et aux autres.

Une valeur en hausse
Sur beaucoup de sujets, la société moderne évolue. Que ce soit sur les rapports homme-femme, parent-enfant, de nouvelles questions se posent. Chez Parents Plus, ce sont souvent les mêmes qui reviennent et qui motivent les parents à pousser les portes de l’atelier. « Mon enfant fait des crises », « Il n’obéit pas »… « Comment s’imaginer que l’enfant à qui l’on refuse une glace va nous dire ah oui, maman, tu as raison, remarque Mme Kirschner. Ce qu’il faut, c’est l’autoriser à ne pas être content et ne pas surréagir à la situation. »

A chaque fois que l’on pose une limite, cela peut créer une frustration et entraîner de la culpabilité chez le père ou la mère. Tous les débats sur l’autorité, sur la punition, sur la fessée, sur les nouvelles méthodes éducatives nous laissent un peu plus perplexes et démunis à chaque fois. «Tolérer l’émotion ne veut pas dire être laxiste, précise Mme Kirschner. En cas de crise, il faut tenir bon et assumer de les frustrer.» Sans vouloir le faire taire, en comprenant son point de vue mais en rappelant les règles, l’enfant se sent entendu dans son émotion mais aussi encadré.

Rester droit dans ses bottes, ne pas trembler, ne pas céder pour avoir la paix est un meilleur calcul pour que les crises soient moins importantes et moins fréquentes. L’empathie a parfois ses limites et n'empêchera pas le parent de «péter un câble» de temps à autre. Les générations précédentes n’ayant laissé aucun mode d’emploi, il faut savoir se montrer indulgent avec soi-même. Se dire que sans avoir de super-pouvoirs, nous faisons partie de l’équation. Qu’en leur prêtant une oreille attentive, en les laissant vivre leurs émotions positives comme celles un peu plus perturbantes, nous les emmenons sur le chemin de l’autonomie, en respectant leur personnalité, leur sensibilité.

François Jeand’Heur

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